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Transversalité et institution chez Guattari

Larissa Drigo Agostinho. Transversalité et institution chez Guattari. La Deleuziana, 2018

The purpose of this text is to expose the function and the problematic field of the concept of transversality in the Guattari of Psychoanalysis and transversality and the Anti-Oedipus Papers. The concept will be examined in its relation with the question of the institution, because an institution is also named by Guattari as a unit of subjectivity. It is, therefore a question of thinking the forms of organisation within social life, from political groups to the psychiatric hospital, and the subjectivities they produce. For this reason, the problem of the institution will be dealt with in the sociohistoric context that produces it, that is to say the one marked by the events of May ‘68. The relevance of this text lies in its attempt to seize the originality of Guattarian thought, which at the same time thinks new forms of political organisation and allows for the renewal of psychoanalysis by transforming the concept of the unconscious.

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Maurizio Lazzarato: La Machine

Le texte qui suit est l'introduction à l'ouvrage de Gerald Raunig sur théorie des machines qui paraîtra au printemps 2008 dans série "Es kommt darauf an" chez Turia + Kant (cf. aussi http://www.turia.at/titel/raunig_m.html).


Le grand mérité du travail de Gerald Raunig est celui de remettre en circulation le concept de machine tel que Deleuze et Guattari l’ont formulé et le confronter avec la tradition marxiste qui s’exprime de façon la plus novatrice dans le post-opéraisme. Le travail de Gerald montre les recoupements possibles, les continuités, mais laisse aussi entrevoir les discontinuités entre ces deux théories qui se sont développées à des époques sensiblement différentes.

Ici, je voudrais seulement reprendre quelque éléments de la théorie des machines de Deleuze et Guattari et montrer comment elle peut contribuer à une définition du capitalisme contemporain. Les convergences et les différences avec la théorie post-opéraiste émergeront d’elles-mêmes. En interprétant le point de vue de Deleuze et Guattari on pourrait affirmer que le capitalisme n’est pas un "mode de production", n’est pas non plus un système, mais il est à la fois un ensemble de dispositifs d’asservissement machinique et un ensemble de dispositifs d’assujettissement social. Les dispositifs sont des machines, mais, comme le fait remarquer Gerald, à la suite de Deleuze et Guattari, les machines ne dépendent pas de la techne. La machine technologique n’est qu’un cas de machinisme. Il y a des machines techniques, esthétiques, économiques, sociales, etc.

A une machine (technique, sociale, communicationnelle, etc.) on peut être "asservi" et /ou "assujetti". Nous sommes asservie à une machine lorsque nous constituons une pièce, un rouge de la machine, un de ses éléments qui lui permettent de fonctionner. Nous sommes assujettis à la machine lorsque nous sommes constitués un usager de la machine, en sujet d’action qui l’utilise. L’assujettissement agit sur la dimension molaire de l’individu (sa dimension sociale, ses rôles, ses fonctions, ses représentations, ses affections), tandis que l’asservissement machinique agit sur la dimension moléculaire, pré-individuelle , infra-sociale (les affects, les sensations, les désirs, les relations non encore individuées, non assignables à un sujet). Je vais essayer d’exemplifier les caractéristiques des dispositifs d’assujettissement et d’asservissement à travers leur fonctionnement dans la "machine" - télévision.

La constitution du sujet dans la communication et dans le langage

"Qui osérait encore prétendre aujourd’hui, que sa colère soit vraiment sienne,
quand tant de gens se mêlent de lui en parler et de s’y retrouver mieux que lui même?!"[1]
Robert Musil

Le système capitaliste, à travers l’assujettissement social, produit et distribue des rôles et des fonctions, il nous équipe d’une subjectivité et il nous assigne à une individuation spécifique (identité, sexe, profession, nationalité, etc.).

 L’assujettissement, d’une part, nous individue, nous constitue en sujet d’après les exigences du pouvoir, et, d’autre part, il attache chaque individu à une identité "sue et connue", bien déterminée une fois pour toutes.

Comment la télévision produit-elle l’assujettissement? Quel rôle jouent le langage et la communication dans ce processus?

La fonction-sujet dans la communication et dans le langage n’a rien de naturel, elle, doit, au contraire, être construite et imposée. Selon Deleuze et Guattari, le sujet n’est ni condition du langage, ni cause d’énoncé. En réalité, dit Deleuze, ce qui produit les énoncés en chacun de nous, ce n’est pas nous, en tant que sujet, c’est toute autre chose, ce sont les "multiplicités, les masses et les meutes, les peuples et les tribus, les agencements collectifs qui nous traversent, qui nous sont intérieurs et que nous ne connaissons pas". Ce sont eux qui nous font parler, et c’est à partir d’eux que nous produisons des énoncés. Il n’y a pas de sujet, il n’y a que des agencements collectifs d’énonciation producteurs d’énoncés. "L’énoncé est toujours collectif, même lorsque il semble être émis par une singularité solitaire comme celle de l’artiste."[2]

La machine télévisuelle extrait de ces agencements collectifs, de la multiplicité qui nous traverse et nous constitue, un sujet qui se pense et se vit comme cause et origine absolue et individuelle de ses expressions, paroles, affects. La télévision fonctionne à partir d’un petit nombre d’énoncés déjà codifiés qui sont les énoncés de la réalité dominante et d’une série de modalités d’expression préfabriquées, et elle prétend faire de ces énoncés et de ces expressions, les énoncés et les expressions mêmes des sujets individuels. Comment elle s’y prend?

La télévision arrive à faire passer les énoncés conformes à la réalité dominante du capitalisme comme des énoncés des individus, par la mise en place d’une machine d’interprétation de leurs paroles et de leur expression et d’une machine de subjectivation qui fonctionne à partir de la constitution d’un double du sujet. Elle vous incite à parler en tant que sujet d’énonciation, comme si vous étiez la cause et l’origine des énoncés et, au même temps, vous êtes parlé, comme sujet d’énoncé, par la même machine de communication. Si vous êtes interviewé à la télévision (peu importe si dans une émission littéraire ou dans un talk show, où si vous exprimez votre vécu dans un reality show), vous êtes institué comme sujet d’énonciation ("Vous, cher téléspectateur, ou vous, cher invité, qui faites la télévision") et soumis à une machine d’interprétation à plusieurs volets. Tout d’abord, vous passez sous la domination d’une machine non-discursive qui interprète, sélectionne et normalise, avant même que vous commenciez à parler.

La télévision, suivant l’évolution des sciences du langage, de la linguistique à la pragmatique, prend en charge toutes les composantes de l’énonciation, linguistiques et non linguistiques. La télévision ne fonctionne pas seulement à partir d’un petit nombre d’énoncés touts faits, mais aussi à partir de la sélection d’un certain lexique, d’une certaine intonation, d’une certaine vitesse du débit de la parole, d’un certain comportement, d’un certain rythme, d’une certaine gestuelle, d’une certaine façon de s’habiller, d’une certaine distribution des tonalités de couleur, d’un certain cadre dans lequel vous parlez, d’un certain cadrage de l’image, etc. Dès que vous ouvrez la bouche, vous passez sous l’interprétation discursive du journaliste qui, à l’aide de l’expert et du savant, mesure l’écart qui reste encore, éventuellement, entre votre énonciation, votre subjectivation, votre signification et les énoncés, la subjectivation, les significations dominantes. À la fin de l’interview vous êtes un sujet d’énoncé, un effet des sémiotiques de la machine de communication, qui se prend pour un sujet d’énonciation, qui se vit comme la cause et l’origine absolue et individuelle des énoncés, alors qu’il est le résultat d’une machinerie dont il n’est que le terminal.

Votre parole est rabattue sur des énoncés et sur des modalités d’expression qu’on vous impose et qu’on attend de vous et votre réalité mentale est rabattue sur la réalité dominante. Vous vous êtes coulé dans les énoncés et dans les expressions de la machine de communication, sans y prendre garde.

À la télévision vous risquez toujours d’être déjà piégé dans les significations et les subjectivations dominantes, quoi que vous disiez et quoi que vous fassiez. Vous parlez, mais vous risquez de ne rien dire de ce qui vous concerne vraiment. Tous les dispositifs d’énonciation de nos sociétés démocratiques sont de variations plus au moins sophistiquées de ce dédoublement du sujet par lequel le sujet d’énonciation doit se réfléchir dans un sujet d’énoncé: sondages, marketing, élection, représentation politique et syndicale etc. En tant que électeur, vous êtes sollicité à exprimer votre opinion comme sujet d’énonciation, mais, au même temps, vous êtes déjà parlé comme sujet d’énoncé, puisque votre liberté d’expression se limite à choisir entre des possibles déjà codifiés. L’élection, comme les sondages, comme le marketing, comme la représentation syndicale et politique présuppose le consensus et l’accord préalables sur les questions et sur les problèmes sur lesquels on n’a pas demandé votre avis. Plus vous vous exprimez, plus vous parlez, plus vous rentrez dans l’interactivité de la machine de communication, plus vous renoncez à ce que vous aviez à dire, parce que les dispositifs communicationnels vous coupent des vos propres agencements collectifs d’énonciation et qu’ils vous branchent sur d’autres agencements collectifs (la télévision dans ce cas).

L’assujettissement n’est pas une question d’idéologie. Il ne concerne pas spécialement les signes, les langages, la communication, car l’économie est une puissante machine de subjectivation. C’est le capitalisme lui-même qui peut être défini non pas comme un "mode de production", mais comme une machine de subjectivation. Pour Deleuze et Guattari, le capital agit comme un formidable "point de subjectivation constituant tous les hommes en sujets, mais les uns, les ‘capitalistes’, sont comme les sujets d’énonciation […], tandis que les autres, les ‘prolétaires’, sont les sujets d’énoncé, assujettis aux machines techniques"[3].

La transformation du salarié en "capital humain", en entrepreneur de soi-même, telle qu’elle est mise en place par les techniques de management contemporaines, est l’accomplissement du processus de subjectivation et du processus d’exploitation, puisque, ici, c’est le même individu qui se dédouble. D’une part, il porte la subjectivation au paroxysme, puisqu’il implique dans toutes ses activités les ressources "immatérielles" et "cognitives" de son "soi", et d’autre part, il porte à identification subjectivation et exploitation, puisqu’il est à la fois patron de lui-même et esclave de lui-même, capitaliste et prolétaire, sujet d’énonciation et sujet d’énoncé.

L’asservissement machinique

"Asservir dans un sens voisin à celui de la cybernétique, en d’autres
termes, téléguider, mettre en rétroaction et ouvrir à des nouvelles lignes de possibles."
Félix Guattari

La machine-télévision agit aussi en tant que dispositif d’asservissement machinique, en investissant le fonctionnement de base de comportements perceptifs, sensitifs, affectifs, cognitifs, linguistiques et en opérant ainsi sur les ressorts même de la vie et de l’activité humaine.

L’asservissement machinique consiste dans la mobilisation et une modulation des composantes pre-individuelles, pre-cognitives et pre-verbales de la subjectivité, qui fait fonctionner les affects, les perceptions, les sensations non encore individués, non encore assignable à un sujet, etc., comme des pièces, des éléments d’une machine. Alors que l’assujettissement engage des personnes globales, des représentations subjectives molaires aisément manipulables, "l’asservissement machinique agence des éléments infrapersonnels, infrasociaux, en raison d’une économie moléculaire du désir beaucoup plus difficile à tenir au sein des rapports sociaux stratifiés", qui mobilisent des sujets individués. L’asservissement machinique n’est donc pas la même chose que l’assujettissement social. Si ce dernier s’adresse à la dimension molaire, individuée de la subjectivité, le premier active sa dimension moléculaire, pre-individuelle, pre-verbale, pré-sociale.
Dans l’asservissement machinique, nous ne sommes plus des usagers de la télévision, des "sujets" qui se rapportent à elle comme un objet externe. Dans l’asservissement machinique, nous sommes agencés à la telévision et nous fonctionnons comme des composantes du dispositif, comme des éléments d’input / output, comme des simple relais de la télévision, qui font passer et/ou empêchent le passage de l’information, de la communication, des signes. Dans l’asservissement machinique nous faisons littéralement corps avec la machine. Le fonctionemment de l’asservissement machinique ne connaît pas la distinction entre "humain" et non humain, entre sujet et objet, sensible et intelligible.

L’assujettissement social considère les individus et les machines comme des totalités closes sur elles-mêmes (le sujet et l’objet) et trace entre eux des frontières infranchissables. L’asservissement machinique, par contre, considère les individus et les machines comme des multiplicités ouvertes. L’individu et la machine sont des ensembles d’éléments, des affects, des organes, des flux, des fonctions qui sont sur le même plan et que l’on ne peut pas opposer selon les dualismes du sujet / objet, humain / non humain, sensible / intelligible. Les fonctions, organes, forces de l’homme s’agencent avec certaines fonctions, organes, forces de la machine technique et ensemble constituent un agencement.
Selon Guattari il y a un aspect "vivant", une capacité énonciative, une réserve de possibles qui existent dans la machine et que l’on peut découvrir seulement si on s’installe dans cette dimension machinique. La machine n’est pas seulement la totalité des pièces, des éléments qui la composent. "Elle est porteuse d’un facteur d’auto-organisation, de feed-back et d’autoreférence même à l’état mécanique." Elle a un pouvoir: le pouvoir d’ouvrir des processus de création. Ainsi, aussi bizarre que cela puisse paraître pour la tradition de la pensée occidentale, la "subjectivité" se trouve à la fois du côté du sujet et du côté de l’objet. 

La grande force du capitalisme tient à ces deux dispositifs qui fonctionnent comme deux faces de la même medaille, mais c’est l’asservissement machinique qui confère au capitalisme une sorte de toute puissance, puisqu’il passe à travers les rôles, les fonctions et les significations dans lesquels se reconnaissent et s’aliènent les individus. C’est à travers l’asservissement machinique que le capital arrive à mettre au travail les fonctions perceptives, les affects, les comportements inconscients, la dynamique pre-verbale et pre-individuelle et ses composantes intensives, a-temporelles, à-spatiales, a-signifiantes. C’est à travers ces mécanismes qu’il s’empare de charge de désir portée par l’humanité.

Cette partie de la réalité de la "production" capitaliste reste en grand partie invisible. Même la définition de transindividuels n’arrive pas à la saisir, puisqu’il faudrait plutôt parler de transmachiniques, des relations à la fois en deçà et au-delà de la dimension sociale et individuelle. C’est dans ce sens que Deleuze et Guattri parlent de temps machinique, d’une plus-value machinique, d’une production machinique. De toute façon, c’est sur cette base qu’il y a accumulation, production de la valeur et exploitation. Cette partie "invisible" de la production capitaliste est la plus importante et celle que, paradoxalement, la comptabilité de valeur ne prend jamais en compte, celle qui échappe à la mésure.

Selon Félix Guattari, la part d’asservissement machinique qui entre dans le travail humain (ou dans la communication), "n’est jamais quantifiable en tant que telle", puisque elle n’est pas dénombrable. "En revanche l’assujettissement subjectif, l’aliénation sociale inhérente à un poste de travail ou à n’importe quelle fonction sociale l’est parfaitement"; puisque elle est toujours dénombrable. On peut mesurer un temps de présence, un temps d’aliénation sociale d’un sujet, mais pas ce qu’il apporte, d’ailleurs pas en tant que sujet, à dimension machinique. On peut quantifier le travail apparent d’un physicien, son temps d’aliénation sociale, le temps qu’il passe dans son laboratoire, non la valeur machinique des formules qu’il élabore. Le paradoxe de Marx est celui de décrire une production machinique et de la vouloir mesurer par l’assujettissement, avec des temporalités humaines (le temps de travail de l’ouvrier).

La ritournelle ou la production de subjectivité ou la machine abstraite

Les machineries d’asservissement et de subjectivation travaillent sur des relations. Leur action, selon la définition du pouvoir chez Foucault, est une action sur une action possible, une action sur des individus "libres", c’est-à-dire des individus qui peuvent toujours, virtuellement, agir différemment. Ce qui implique non seulement des éventuels échecs dans l’assujettissement, des résultats imprévisibles, l’activation des détournements, des ruses, des résistances des individus, mais aussi la possibilité de processus de subjectivation indépendantes, autonomes. Nous retrouvons ici le troisième concept de machine: la "machine abstraite", dont nous allons exemplifier le fonctionnement toujours à travers la télévision.

Lorsque je regarde la télévision j’existe au carrefour des différents dispositifs: 1. un dispositif que l’on pourrait définir d’asservissement machinique qui ici peut être représenté par la "fascination perceptive provoqué par le balayage lumineux de l’appareil"[4], qui peut s’agencer avec des intensités, des temporalités, des affects du corps, du cerveaux, de la mémoire qui me traversent et qui constituent ma dimension pre-individuelle, moléculaire; 2. d’un rapport de capture avec le contenu narratif qui mobilise mes représentations, mes sentiments, mes habitudes en tant que sujet (ma dimension molaire); 3. d’un monde des fantasmes conscients et inconscients habitants ma revérie…

Malgré la diversité des composantes d’assujettissement et d’asservissement, malgré la diversité des matières d’expression et des substances d’énonciation linguistiques et machiniques, discursives et non-discursives qui me traversent, je conserve un sentiment relatif d’unicité et de clôture, de parachèvement. Ce sentiment d’unité et de parachèvement est donné par ce que Deleuze et Guattari appellent une ritournelle. De cet ensemble de dispositifs se détache un "motif", une ritournelle qui fonctionne comme un "attracteur". "Les différentes composantes conservent leur hétérogénéité, mais sont captées cependant par une ritournelle"[5] qui les fait tenir ensemble.

La ritournelle nous renvoie aux techniques de production de subjectivité, de "rapport à soi" de Michel Foucault. Des relations de pouvoir et de savoir se détachent des processus de subjectivation qui leur échappent. La ritournelle est la condition de fonctionnement de la "machine abstraite", qui, en dépit de son nom, est la machine la plus singulière, celle qui arrive à fonctionner transversalement à ces différents niveaux, à leur donner une consistance non seulement cognitive ou esthétique, mais d’abord existentielle. La machine abstraite agence des éléments matériels et sémiotiques, mais à partir d’un point qui est non-discursif, d’un point innommable et irracontable, puisqu’elle touche au foyer de non-discursivité qui est au cœur de la discursivité. Elle opère une mutation subjective, en faisant franchir de seuils existentiels.

Guattari décrit de cette façon la "machine abstraite" Debussy: "C’est une énonciation, une coupure, une sorte de foyer non discursif. Il y a non seulement la dimension musicale, mais aussi des dimensions adjacentes, plastiques, littéraires, sociales (le salon, le nationalisme), etc. C’est donc un univers hétérogène avec des composantes multiples. De cette constellation des univers, de mondes se détache un 'énonciateur' qui les fait tenir ensemble d’une nouvelle manière."

Il y a dans la ritournelle, dans le rapport à soi, dans la production de la subjectivité, la possibilité de jouer l’événement, il y a la possibilité de se soustraire à la production sérialisée et standardisée de la subjectivité. Mais cette possibilité, il faut la construire. Les possibles, il faut les créer. C’est dans ce sens que va le "paradigme esthétique" de Guattari: construire les dispositifs politiques, économiques et esthétiques où cette mutation existentielle puisse être expérimentée. Une politique de l’expérimentation et pas de la représentation.


[1] R. Musil, Der Mann ohne Eigenschaften I. Erstes und zweites Buch, Reinbek bei Hamburg: Rowohlt 202005, p. 150.
[2] G. Deleuze / F. Guattari, Kafka. Pour une littérature mineure. Paris: Les èditions de Minuit 1975, p. 149.
[3] G. Deleuze / F. Guattari, Mille Plateaux. Capitalisme et Schizophrénie II, Paris: Editions de Minuit 1980, p. 571.
[4] F. Guattari, Chaosmose, Paris: Galilée 1992, p. 32.
[5] F. Guattari, Chaosmose, Paris: Galilée 1992, p. 33.

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Gilles Deleuze y Felix Guattari: Mil Mesetas - Capitalismo y Esquizofrenia (download)

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Mil Mesetas (en francés Mille Plateaux, 1980) es un libro del filósofo francés Gilles Deleuze y el psicoanalista Félix Guattari. Es el segundo volumen de Capitalismo y esquizofrenia, siendo el primer volumen El Anti-Edipo (1972).

El libro está escrito en una serie de mesetas, un concepto derivado de Gregory Bateson, identificadas por una fecha y un título particular. Cada una se refiere a una era o fecha que haya tenido un rol central en el mundo. El libro refleja el rechazo de Deleuze y Guattari hacia la organización jerárquica arborescente en favor de un crecimiento rizomático menos estructurado. Un concepto central de libro opone La máquina de guerra nómade al aparato estatal. En la última meseta se invoca la noósfera.

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Toni Negri e Felix Guattari: Pensar y vivir de otro modo. Propuestas

El resentimiento, la repetición vacía, el sectarismo son las modalidades en que vivimos las esperanzas traicionadas por el movimiento obrero tradicional. No por ello renegamos de la historia de las luchas; es más, por el contrario, la exaltamos porque forma parte integrante de nuestras coordenadas men­tales y de nuestra sensibilidad. Aunque fuéramos enanos so­bre los hombros de los que fueron gigantes, queremos asumir tanto los frutos como los aspectos deplorables de su herencia. De todos modos, queremos ir más allá. Reanudándonos con las raíces humanas del comunismo, queremos volver a las fuentes de la esperanza, es decir, a un «ser para», a una intenciona­lidad colectiva, dirigida al hacer antes que a un «ser contra», estibado en los ritornelos impotentes del resentimiento.

Es en la historia real donde queremos explorar y experi­mentar la multitud de universos de lo posible que nos incitan por todas partes. ¡Que broten mil flores en el terreno que la destrucción capitalista pretende minar! ¡Que mil máquinas de vida, de arte, de solidaridad y de acción barran la arrogancia estúpida y esclerótica de las viejas organizaciones! Qué im­porta si el movimiento tropieza con su propia inmadurez, con su «espontaneismo» - al final su potencia de expresión se verá reforzada. Sin darse cuenta siquiera, y pese a la amplitud de los movimientos moleculares que le agitan, las líneas de cris­talización organizativa que se ponen en marcha se orientan en el sentido de las nuevas subjetividades colectivas.

«Que broten mil flores, mil máquinas de lucha y de vida» no es una consigna de organización y, mucho menos, una pré­dica de iluminado, sino una clave analítica de la nueva subje­tividad revolucionaria, un dato a partir del cual se podrán re­cobrar las características sociales y las dimensiones de singu­laridad del trabajo productivo. A través del análisis de lo real se recompondrán y se multiplicarán como instancia subversi­va e innovadora. El enemigo se ha encarnado en las formas actuales de mando social, mediante el aplastamiento de las diferencias, la imposición de la lógica reductiva del dominio. Poner de relieve la hegemonía de los procesos de singulariza­ción en el horizonte de la producción social constituye hoy la característica específica de la lucha política comunista.

El desarrollo, la defensa y la expresión de las subjetivida­des productivas mutantes, de las singularidades disidentes y de los nuevos agenciamientos proletarios se han convertido, de algún modo en la materia prima y la primera tarea del mo­vimiento. Esto podrá cobrar la forma de la lucha en el frente del Welfare, por la determinación de un rédito igualitario garantizado, contra la miseria en todas sus formas, por la defen­sa y la ampliación de los derechos de los alternativos, contra los mecanismos de división corporativa... Se retomará aquí, si se quiere, la tradición de las luchas contra la renta, salvo que ésta ya no sólo lo es del suelo, inmobiliaria y financiera, sino que se apoya, esencialmente, en la articulaciones del mando capitalista y se trata por tanto de renta política, de renta de posición en la jerarquía de los estratos corporativos. Las nue­vas componentes subjetivas de la producción y la revolución encontrarán su primer campo de intervención en este registro, que redefinirán de manera positiva como lucha de liberación contra la esclavitud corporativista y las estructuras reaccionarias de la producción y afirmación de los procesos de singula­ridad, como impulso esencial de la producción social.

Esta recomposición del movimiento revolucionario impli­ca, desde luego, inmensos esfuerzos de coraje, de paciencia, y sobre todo, de inteligencia. ¡Pero qué progreso, ya, en rela­ción a los períodos anteriores de lucha - incansable y a menu­do desesperada- de los primeros grupos conscientes de esta problemática, que sólo rara vez lograban abrir brechas en el ghetto sindical o en el monopolio político de los supuestos partidos obreros! También aquí, el tiempo de vida debe impo­nerse al tiempo de la producción. En esta encrucijada se plan­teará <">la segunda tarea del movimiento comunista revolucio­nario: la organización consciente de la fuerza de trabajo co­lectiva independientemente de las estructuras capitalistas y/o socialistas, dicho de otro modo, la organización de todo lo que atañe a la producción y la reproducción del modo de vida. En efecto, una cosa es revelar las nuevas fuerzas productivas so­ciales, y otra organizarlas desde fuera y contra las estructuras capitalistas y/o socialistas. El desarrollo de la ciencia y de las técnicas y su incorporación masiva en este programa de trans­formación son condiciones necesarias, pero no suficientes. No es concebible ninguna transformación si el conjunto del cam­po del trabajo productivo no se ve atravesado por grandes mo­vimientos de experimentación colectiva que rompan las con­cepciones relativas a la acumulación centrada en el beneficio capitalista. En esta dirección debe comprenderse la potencia de expansión de la fuerza colectiva de trabajo. De este modo, se establecerá un doble movimiento, que recuerda al del corazón humano, entre la diástole de la fuerza expansiva de la producción social y la sístole de la innovación y la reorganización radical de la jornada de trabajo. El movimiento del proletaria­do social y de las nuevas subjetividades colectivas debe asal­tar las empresas, tos envites relativos la legislación sobre el tiempo de la jornada de trabajo e imponer sus redefiniciones y su experimentación permanente. Deben imponer, no sólo una renovación de la producción, sino además modos innovadores de imaginar y estudiar la producción.

Pensar, vivir experimentar y combatir de otro modo: esta será la divisa de una clase obrera que ya no puede percibirse con «autosuficiencia» y que tiene todo que ganar en la renun­cia a sus mitos arrogantes de centralidad social. Apenas se haya acabado con ese género de mistificaciones, que, a fin de cuentas, no han hecho más que favorecer a las formaciones de poder capitalistas y/o socialistas, se descubrirá el alcance in­menso de las nuevas líneas de alianza que anudan ?relevos? sociales multiformes y multivalentes en el seno de las fuerzas productivas de nuestros tiempos. Ya es hora de que la imagi­nación del comunismo se ponga a la altura de las olas transfor­madoras que están en condiciones de sumergir a las viejas «rea­lidades» dominantes.

Ahora, debemos introducir algunas consideraciones en tor­no a una primera «proposición diagramática» que integre la definición de las perspectivas propuestas hasta este momento. Es absolutamente obvio que todo intento de controlar, por parte del movimiento de las nuevas subjetividades, el tiempo de la jornada de trabajo, no sería sino ilusorio si no choca frontalmen­te con la red de mando dispuesta por el CMI.

Atacar esta red significa poner en cuestión la relación Este-Oeste, hacer que descarrile el mecanismo de integración entre las dos superpotencias que ha sobrecodificado, desde los años 70 hasta hoy, todas las relaciones internacionales. La ruptura de la relación de dominio establecida fatigosamente entre el capitalismo y el socialismo y la inversión radical de las alian­zas - en particular europeas- en la dirección del eje Norte-Sur, contra el eje Este-Oeste, constituyen una base esencial de la recomposición del proletariado intelectual y obrero en los países capitalistas avanzados. Una base de producción social que conquistará su independencia contra la opresión de la jerar­quía y el mando de las grandes potencias; una base que sólo tiene sentido si se apoya en la voluntad colectiva de crear flu­jos y estructuras alternativas a las relaciones Este-Oeste.

No somos partidarios atrasados del «tercermundismo», no tenemos la pretensión de transformarlo por la vía del «insurrec­cionalismo» tradicional; en esa medida, no creemos apenas en su capacidad independiente de desarrollo y de «rescate», al menos en el contexto capitalista actual. Ninguna revolución triunfante en los países desarrollados logró transformar de modo duradero las estructuras del Estado. ¡Es poco probable que las del Tercer Mundo lo consigan! No, antes conviene ten­der hacia la cooperación revolucionaria y la agregación de las fuerzas del proletariado intelectual y obrero del Norte con la masa inmensa del proletariado del Sur para desplegar esta tarea histórica. Todo esto puede parecer utópico, extravagante incluso, porque hoy nosotros, los obreros y los intelectuales de los países del Norte, somos esclavos de la política corpora­tiva, de las divisiones segmentarias, de la lógica del beneficio, de las operaciones de subdivisión y de exterminio, de la obse­sión por la guerra nuclear, tal y como se nos imponen y de las que nos hacemos cómplices. Nuestra liberación pasa por el alumbramiento de un proyecto y de una práctica que unifi­quen, en una misma voluntad revolucionaria, a las fuerzas in­telectuales y al proletariado del Norte y del Sur

A medida que la conjunción de los procesos de singulari­dad avance en el proyecto de reinvención del comunismo, se planteará con mayor agudeza el problema del poder, que per­manece en el corazón del antagonismo entre las componentes proletarias y el Estado capitalista y/o socialista. El movimien­to obrero tradicional pensaba que podía responder a esta cues­tión de manera simple y radical con la conquista del poder estatal, y luego con la progresiva extinción de este último ¡Todo sería así de fácil! ¡Se opondría la destrucción a la des­trucción y el terror al terror! ¡Es inútil hacer comentarios hoy sobre el carácter ficticio y mistificador de esa dialéctica! ¡Es inútil subrayar lo escandaloso de la referencia de los partida­rios de semejante doctrina a la experiencia heroica de la «Co­muna de París»

La tercera tarea fundamental del movimiento comunista revolucionario consiste en acabar con ese género de mistifica­ciones y en afirmar la <">separación radical del movimiento no sólo del Estado con el que se enfrenta directamente, sino, más fundamentalmente, con el modelo mismo del Estado capita­lista y de todos sus sucedáneos, ersatz, formas derivadas y funciones ramificadas en todos los mecanismos del socius, a todos los niveles de la subjetividad. A las luchas sobre el Welfare, contra la organización del trabajo productivo y el tiempo de trabajo social, a las iniciativas comunitarias en este te­rreno se añade entonces el cuestionamiento radical del Esta­do, como clave modeladora de las diversas figuras de la opre­sión, como máquina de sobredeterminación de las relaciones sociales, para reducirlas, subdividirías, someterlas radicalmente bajo la amenaza de sus fuerzas de muerte y destrucción.

Este problema nos lleva a formular una segunda proposi­ción diagramática del comunismo y la liberación. Atañe a la urgencia de una reterritorialización de la praxis política. Enfrentarse al Estado, hoy, significa luchar contra esa figura par­ticular de Estado totalmente integrada en el CMI. A partir de Yalta, las relaciones políticas se han vaciado cada vez más de legitimidad territorial, han ido a la deriva hacia niveles imposibles de aferrar. El comunismo representa la destrucción tenden­cial de mecanismos que hacen del dinero y de los demás equi­valentes abstractos los únicos territorios del hombre. Esto no implica en absoluto una nostalgia de las «tierras natales», el sueño de un retorno a las civilizaciones primitivas o al su­puesto comunismo del «buen salvaje». ¡No se trata de volver a cuestionar los niveles de abstracción que los procesos desterritorializados de producción han hecho conquistar al hombre!

Lo que el comunismo contesta es el tipo de reterritorializa­ción conservadora, degradante, opresiva, impuesta por el Es­tado capitalista y/o socialista, con sus funciones administrati­vas, sus órganos institucionales, sus equipamientos colectivos de normalización y subdivisión, sus média, etc. La reterritoriali­zación operada por la praxis comunista es de naturaleza total­mente distinta; no pretende volver a un punto de partida natu­ral y universal; no es una revolución circular; permite «despe­gar» de las realidades y de los significados dominantes, crean­do condiciones que permitan a los hombres «construir su te­rritorio», conquistar su destino, individual y colectivo, dentro de los flujos más desterritorializados.

(Desde este punto de vista se distinguirán muy concreta­mente: los movimientos de reterritorialización nacional, Vas­cos, Palestinos, Kurdos..., que asumen, hasta cierto punto, los grandes flujos desterritorializados de las luchas del Tercer Mundo y de los proletariados inmigrantes, y los movimientos de reterritorialización nacionalista reaccionaria.)

Nuestro problema es reconquistar espacios comunitarios de libertad, de diálogo y de deseo. Muchos de ellos comienzan a proliferar por diversos países de Europa. Pero se trata de cons­truir, contra las pseudo reterritorializaciones del CMI (ej. : la «descentralización» en Francia, o la Europa de los Diez1) un formidable movimiento de reterritorialización de los cuerpos y los espíritus: Ea ropa debe reinventarse como reterritorializa­ción de la política y como base de la inversión de las alianzas sobre el eje Norte-Sur.

La tercera tarea del movimiento comunista revolucionario es también, por tanto, desarticular y desmantelar las funcio­nes represivas del Estado y de sus cuerpos especiales. Es el único terreno en el que los nuevos sujetos colectivos se cruzan con las iniciativas del Estado y únicamente en la medida en que este último envía a sus «caballeros teutones» a las tierras liberadas por los agenciamientos revolucionarios. ¡Cuánta fuer­za de amor y de humor habrá que poner aquí en acción para que estas no se abolan, como de costumbre, en la imagen lu­nar, mortalmente abstracta y simbólica, de su adversario capi­talista! La represión es antes que nada desarraigo y perversión de lo singular. Se trata de combatirla en el terreno de las rela­ciones de fuerza localizables en lo real; se trata además de deshacerse de ella en los registros de la inteligencia, la imagi­nación, la sensibilidad y la felicidad colectivas. Se trata de extraer de todas partes, incluso de sí mismos, las potencias de implosión y desesperación que vacían de su sustancia a lo real y a la historia.

¡Que el Estado, por su parte, viva el resto de su vida en el aislamiento y el cerco que le reserva una sociedad civil reconstruida! Pero, si da muestras de salir de su «reserva» y de reconquistar nuestros espacios de libertad, entonces respon­deremos sumergiéndolo con un nuevo género de movilización general, de alianzas subversivas multiformes Y esto hasta que reviente ahogado en su furor

La cuarta tarea Aquí volvemos, y era inevitable a la lucha antinuclear y a la lucha por la paz Solo ahora sobre un paradigma que pone de manifiesto las implicaciones catastróficas de la posición de la ciencia en relación al Estado posición que presupone una disociación entre la «legitimidad» del poder y la finalidad de la paz.

¡Qué siniestra burla, de verdad, la de los Estados que acu­mulan millares de cabezas nucleares en nombre de su respon­sabilidad de garantizar la paz y el orden internacional Cuan­do es evidente que esta acumulación no podría garantizar otra cosa que la destrucción y la muerte. Pero esta última legitima­ción «ética» del Estado, a la que la reacción se aferra como a un bastión, está, además, derrumbándose, y no sólo en el plano teórico, sino en la consciencia de los que saben o presien­ten que la producción colectiva, la libertad y la paz son, en su movimiento, esencialmente irreductibles al poder.

Impedir la catástrofe que el Estado trae consigo, dejando claro hasta qué punto le es esencial. Sigue siendo cierto que «el capitalismo trae la guerra como las nubes la tormenta». Pero, a diferencia con el pasado, con otros medios y en un horizonte de horror que escapa toda posible imaginación, la perspectiva del holocausto final se ha convertido, en efecto, en una base a partir de la cual se despliega la verdadera guerra civil mundial, conducida por el poder capitalista y constituida por mil guerras permanentes, purulentas, pulverizadas, contra las luchas de emancipación social y las revoluciones molecu­lares. Sin embargo, en este campo, como en ningún otro, nada es fatal. Las victorias y las derrotas de las nuevas líneas de alianza del movimiento no están inscritas en ningún caso en una causalidad mecanicista o una supuesta dialéctica históri­ca. Está todo por rehacer, hay que retomarlo todo constantemente. ¡Y está bien que así sea! El Estado no es más que un monstruo frío, un vampiro de agonía interminable que sólo saca su vitalidad de los que se abandonan a sus simulacros.

En el 68 nadie podía imaginar que la guerra se convertiría tan rápidamente en una horizonte tan cercano e invasor. Hoy, la guerra ya no es sólo una perspectiva: se ha convertido en el marco permanente de nuestra vida.

La tercera guerra mundial imperialista ya ha comenzado. Una guerra que dura sin duda treinta años, que, precisamente como la Dreissigjahre Krieg, ya nadie puede reconocer, aun­que se haya convertido en el pan cotidiano de las primeras páginas de la prensa. Este es el resultado de la reestructura­ción capitalista y de sus furiosos asaltos contra los proletaria­dos planetarios. La tercera proposición diagramática del co­munismo y la liberación consiste en la toma de consciencia de esta situación y en la asunción de la problemática de la paz como base fundamental de los procesos de inversión de las alianzas sobre el eje Norte-Sur. ¡Hoy menos que nunca la paz es una consigna vacía; una fórmula de «alma bella», una ins­piración vaga!

La paz es el alfa y omega del programa de la revolución. La angustia de la guerra se nos mete dentro, corrompe nues­tros días y nuestras noches.

¡Hay tanta gente que se refugia en la política del avestruz! Pero también esa inconsciencia genera angustia. El comunis­mo arrancará a los hombres y a las mujeres a la bestialidad programada del CMI y les pondrá frente a la realidad de esa violencia y esa muerte, que la especie humana puede vencer si logra conjugar sus potencialidades singulares de amor y ra­zón

Y, finalmente, a estas líneas de alianza de los agenciamien­tos productivos y de las subjetividades colectivas liberadas deberá añadirse una quinta dimensión de la que ya hemos hablado ampliamente -, la de la organización. Ya es hora de pasar de la resistencia dispersa a la constitución de frentes de lucha determinados y de máquinas de lucha que, para ser efi­caces, no perderán nada de su riqueza, de su complejidad, de la multivalencia de deseos que las guían. Nos toca a nosotros trabajar por esa transición.

Resumiendo: cinco tareas aguardan a los movimientos fu­turos: la redefinición concreta del régimen salarial; la asun­ción del control y la liberación del tiempo de la jornada de trabajo; una lucha permanente contra las funciones represivas del Estado; la construcción de la paz y la organización de má­quinas de lucha capaces de asumir estas tareas.

Estas tres tareas están «diagramatizadas» por tres propo­siciones: contribuir a la reorientación de las líneas de alianza del proletariado según el eje Norte-Sur; conquistar e inventar nuevos territorios de deseo y de acción política, radicalmente desmarcados del Estado y el CMI; luchar contra la guerra y trabajar por la construcción del movimiento revolucionario del proletariado por la paz.

Aún estamos lejos de haber salido de la tormenta, todo hace pensar que el final de los «años de plomo» estará jalonado aún por duras pruebas; pero con lucidez, sin ningún mesianis­mo, proyectamos la reconstrucción de un movimiento revolu­cionario y de liberación más eficaz, más inteligente, más hu­mano, más sonriente que nunca.

Roma, prisión de Rebibbia/París, 1983-84.

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Christian Kerslake: Les machines désirantes de Félix Guattari.

Christian Kerslake: Les machines désirantes de Félix Guattari. De Lacan à l’objet « a » de la subjectivité révolutionnaire. Multitudes 2008/3 (n° 34)

Guattari est demeuré fidèle, tout au long de ses travaux, au concept de « subjectivité ». Si le désir et la subjectivité produisent la réalité pour les raisons que Kant énonce dans la Critique de la faculté de juger – parce qu’ils ont « pouvoir d’être par [leurs] représentations cause de la réalité de ces objets »–, est-ce que cette « productivité » du désir constitue pour autant un aspect proprement « subjectif » du désir, ou est-ce que le désir (quels que soient sa nature ou son caractère illusoire) produit des effets (ou « introduit une différence ») dans le champ social ? Dans ses tout premiers articles, Guattari insistait sur les facteurs subjectifs pour se démarquer des approches structuralistes qui avaient cours dans ce que l’on appelait alors les « sciences humaines ». Mais cette défense de l’idée de subjectivité n’était pas simplement pragmatique, elle trouvait explicitement sa source dans la théorie lacanienne du désir. Le Guattari des années 1960 s’appuyait en effet sur Lacan et ses analyses de l’objet « a » pour construire une théorie de la subjectivité, affirmant que, sans cet objet spécifique, rien n’interdirait aux êtres humains de devenir les jouets d’un ordre symbolique autoreproducteur. Le sujet du « premier » Guattari est ainsi constitué par le désir, et il engage un type de rapport particulier à un type d’objet singulier : l’objet « a ».

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Gilles Deleuze et Felix Guattari: L´Anti-Oedipe (1972)

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L’Anti-Oedipe : Une introduction à la vie non fasciste

- Magazine littéraire 257 (September 1988),
Mise en ligne le mercredi 19 octobre 2005

Ce texte de Michel Foucault, inédit en français, a servi de préface à l’édition américaine de ’Capitalisme et schizophrénie, l’Anti-Oedipe’ de Gilles Deleuze et Félix Guattari. Il sera repris dans Dits et écrits, recueil des articles, entretiens, préfaces et autres contributions de Michel Foucault, à paraître aux éditions Gallimard en 1989 [Multitudes]

Pendant les années 1945-1965 (je pense à l’Europe), il y avait une certaine manière correcte de penser, un certain style de discours politique, une certaine éthique de l’intellectuel. Il fallait être à tu et à toi avec Marx, ne pas laisser ses rêves vagabonder trop loin de Freud, et traiter les systèmes de signes - le signifiant - avec le plus grand respect. Telles étaient les trois conditions qui rendaient acceptable cette singulière occupation qu’est le fait d’écrire et d’énoncer une part de vérité sur soi-même et sur son époque.

Puis vinrent cinq années brèves, passionnées, cinq années de jubilation et d’énigme. Aux portes de notre monde, le Vietnam, évidemment, et le premier grand coup porté aux pouvoirs constitués. Mais ici, à l’intérieur de nos murs, que se passait-il exactement ? Un amalgame de politique révolutionnaire et antirépressive ? Une guerre menée sur deux fronts - l’exploitation sociale et la répression psychique ? Une montée de la libido modulée par le conflit des classes ? C’est possible. Quoi qu’il en soit, c’est par cette interprétation familière et dualiste que l’on a prétendu expliquer les événements de ces années. Le rêve qui, entre la Première Guerre mondiale et l’avènement du fascisme, avait tenue sous son charme les fractions les plus utopistes de l’Europe - l’Allemagne de Wilhelm Reich et la France des surréalistes - était revenue pour embraser la réalité elle-même : Marx et Freud éclairés par la même incandescence.

Mais est-ce bien là ce qui s’est passé ? S’est-il bien agi d’une reprise du projet utopique des années trente, cette fois à l’échelle de la pratique historique ? Ou y a-t-il eu, au contraire, un mouvement vers des luttes politiques qui ne se conformaient plus au modèle prescrit par la tradition marxiste ? Vers une expérience et une technologie du désir qui n’étaient plus freudiennes ? On a certes brandi les vieux étendards, mais le combat s’est déplacé et a gagné de nouvelles zones.

L’Anti-Oedipe montre, tout d’abord, l’étendue du terrain couvert. Mais il fait beaucoup plus. Il ne se dissipe pas dans le dénigrement des vieilles idoles, même s’il s’amuse beaucoup avec Freud. Et surtout, il nous incite à aller plus loin.

Ce serait une erreur de lire L’Anti-Oedipe comme la nouvelle référence théorique (vous savez, cette fameuse théorie qu’on nous a si souvent annoncée : celle qui va tout englober, celle qui est absolument totalisante et rassurante, celle, nous assure-t-on, dont « nous avons tant besoin » en cette époque de dispersion et de spécialisation d’où « l’espoir » a disparu). Il ne faut pas chercher une « philosophie » dans cette extraordinaire profusion de notions nouvelles et de concepts-surprise : L’Anti-Oedipe n’est pas un Hegel clinquant. La meilleure manière, je crois, de lire L’Anti-Oedipe, est de l’aborder comme un « art », au sens où l’on parle d’« art érotique », par exemple. S’appuyant sur les notions en apparence abstraites de multiplicités, de flux, de dispositifs et de branchements, l’analyse du rapport du désir à la réalité et à la « machine » capitaliste apporte des réponses à des questions concrètes. Des questions qui se soucient moins du pourquoi des choses que de leur comment. Comment introduit-on le désir dans la pensée, dans le discours, dans l’action ? Comment le désir peut-il et doit-il déployer ses forces dans la sphère du politique et s’intensifier dans le processus de renversement de l’ordre établi ? Ars erotica, ars theoretica, ars politica.

D’où les trois adversaires auxquels L’Anti-Oedipe se trouve confronté. Trois adversaires qui n’ont pas la même force, qui représentent des degrés divers de menace, et que le livre combat par des moyens différents.

1. Les ascètes politiques, les militants moroses, les terroristes de la théorie, ceux qui voudraient préserver l’ordre pur de la politique et du discours politique. Les bureaucrates de la révolution et les fonctionnaires de la Vérité. 2. Les pitoyables techniciens du désir - les psychanalystes et les sémiologues qui enregistrent chaque signe et chaque symptôme, et qui voudraient réduire l’organisation multiple du désir à la loi binaire de la structure et du manque. 3. Enfin, l’ennemi majeur, l’adversaire stratégique (alors que l’opposition de L’Anti-Oedipe à ses autres ennemis constitue plutôt un engagement tactique) : le fascisme. Et non seulement le fascisme historique de Hitler et de Mussolini - qui a su si bien mobiliser et utiliser le désir des masses - mais aussi les fascisme qui est en nous tous, qui hante nos esprits et nos conduites quotidiennes, le fascisme qui nous fait aimer le pouvoir, désirer cette chose même qui nous domine et nous exploite.

Je dirais que L’Anti-Oedipe (puissent ses auteurs me pardonner) est un livre d’éthique, le premier livre d’éthique que l’on ait écrit en France depuis assez longtemps (c’est peut-être la raison pour laquelle son succès ne s’est pas limité à un « lectorat » particulier : être anti-Oedipe est devenu un style de vie, un mode de pensée et de vie). Comment faire pour ne pas devenir fasciste même quand (surtout quand) on croit être un militant révolutionnaire ? Comment débarrasser notre discours et nos actes, nos cœurs et nos plaisirs, du fascisme ? Comment débusquer le fascisme qui s’est incrusté dans notre comportement ? Les moralistes chrétiens cherchaient les traces de la chair qui s’étaient logées dans les replis de l’âme. Deleuze et Guatari, pour leur part, guettent les traces les plus infimes du fascisme dans le corps.

En rendant un modeste hommage à saint François de Sales (Homme d’Eglise du XVIIe siècle, qui fut évêque de Genève. Il est connu pour son Introduction à la vie dévote), on pourrait dire que L’Anti-Oedipe est une introduction à la vie non fasciste.

Cet art de vivre contraire à toutes les formes de fascisme, qu’elles soient déjà installées ou proches de l’être, s’accompagne d’un certain nombre de principes essentiels, que je résumerais comme suit si je devais faire de ce grand livre un manuel ou un guide de la vie quotidienne :

* Libérez l’action politique de toute forme de paranoïa unitaire et totalisante.

* Faites croître l’action, la pensée et les désirs par prolifération, juxtaposition et disjonction, plutôt que par subdivision et hiérarchisation pyramidale.

* Affranchissez-vous des vieilles catégories du Négatif (la loi, la limite, la castration, le manque, la lacune) que la pensée occidentale a si longtemps tenu sacré en tant que forme de pouvoir et mode d’accès à la réalité. Préférez ce qui est positif et multiple, la différence à l’uniformité, les flux aux unités, les agencements mobiles aux systèmes. Considérez que ce qui est productif n’est pas sédentaire mais nomade.

* N’imaginez pas qu’il faille être triste pour être militant, même si la chose qu’on combat est abominable. C’est le lien du désir à la réalité (et non sa fuite dans les formes de la représentation) qui possède une force révolutionnaire.

* N’utilisez pas la pensée pour donner à une pratique politique une valeur de Vérité ; ni l’action politique pour discréditer une pensée, comme si elle n’était que pure spéculation. Utilisez la pratique politique comme un intensificateur de la pensée, et l’analyse comme un multiplicateur des formes et des domaines d’intervention de l’action politique.

* N’exigez pas de la politique qu’elle rétablisse les « droits » de l’individu tels que la philosophie les a définis. L’individu est le produit du pouvoir. Ce qu’il faut, c’est « désindividualiser » par la multiplication et le déplacement, l’agencement de combinaisons différentes. Le groupe ne doit pas être le lien organique qui unit des individus hiérarchisés, mais un constant générateur de « désindividualisation ». * Ne tombez pas amoureux du pouvoir.

On pourrait même dire que Deleuze et Guattari aiment si peu le pouvoir qu’ils ont cherché à neutraliser les effets de pouvoir liés à leur propre discours. D’où les jeux et les pièges que l’on trouve un peu partout dans le livre, et qui font de sa traduction un véritable tour de force. Mais ce ne sont pas les pièges familiers de la rhétorique, ceux qui cherchent à séduire le lecteur sans qu’il soit conscient de la manipulation, et finissent par le gagner à la cause des auteurs contre sa volonté. Les pièges de L’Anti-Oedipe sont ceux de l’humour : tant d’invitations à se laisser expulser, à prendre congé du texte en claquant la porte. Le livre donne souvent à penser qu’il n’est qu’humour et jeu là où pourtant quelque chose d’essentiel se passe, quelque chose qui est du plus grand sérieux : la traque de toutes les formes de fascisme, depuis celles, colossales, qui nous entourent et nous écrasent, jusqu’aux formes menues qui font l’amère tyrannie de nos vies quotidiennes.

Traduit de l’anglais par Fabienne Durand-Bogaert.


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Gilles Deleuze and Felix Guattari - Capitalism: A Very Special Delirium


QUESTION: When you describe capitalism, you say: "There isn't the slightest operation, the slightest industrial or financial mechanism that does not reveal the dementia of he capitalist machine and the pathological character of its rationality (not at all a false rationality, but a true rationality of *this* pathology, of *this madness*, for the machine does work, be sure of it). There is no danger of this machine going mad, it has been mad from the beginning and that's where its rationality comes from. Does this mean that after this "abnormal" society, or outside of it, there can be a "normal" society?

GILLES DELEUZE: We do not use the terms "normal" or "abnormal". All societies are rational and irrational at the same time. They are perforce rational in their mechanisms, their cogs and wheels, their connecting systems, and even by the place they assign to the irrational. Yet all this presupposes codes or axioms which are not the products of chance, but which are not intrinsically rational either. It's like theology: everything about it is rational if you accept sin, immaculate conception, incarnation. Reason is always a region cut out of the irrational -- not sheltered from the irrational at all, but a region traversed by the irrational and defined only by a certain type of relation between irrational factors. Underneath all reason lies delirium, drift. Everything is rational in capitalism, except capital or capitalism itself. The stock market is certainly rational; one can understand it, study it, the capitalists know how to use it, and yet it is completely delirious, it's mad. It is in this sense that we say: the rational is always the rationality of an irrational. Something that hasn't been adequately discussed about Marx's *Capital* is the extent to which he is fascinated by capitalists mechanisms, precisely because the system is demented, yet works very well at the same time. So what is rational in a society? It is -- the interests being defined in the framework of this society -- the way people pursue those interests, their realisation. But down below, there are desires, investments of desire that cannot be confused with the investments of interest, and on which interests depend in their determination and distribution: an enormous flux, all kinds of libidinal-unconscious flows that make up the delirium of this society. The true story is the history of desire. A capitalist, or today's technocrat, does not desire in the same way as a slave merchant or official of the ancient Chinese empire would. That people in a society desire repression, both for others and *for themselves*, that there are always people who want to bug others and who have the opportunity to do so, the "right" to do so, it is this that reveals the problem of a deep link between libidinal desire and the social domain. A "disinterested" love for the oppressive machine: Nietzsche said some beautiful things about this permanent triumph of slaves, on how the embittered, the depressed and the weak, impose their mode of life upon us all.

[complete text]

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Lorem Ipsum

"All testing, all confirmation and disconfirmation of a hypothesis takes place already within a system. And this system is not a more or less arbitrary and doubtful point of departure for all our arguments; no it belongs to the essence of what we call an argument. The system is not so much the point of departure, as the element in which our arguments have their life."
- Wittgenstein

Lorem Ipsum

"Le poète ne retient pas ce qu’il découvre ; l’ayant transcrit, le perd bientôt. En cela réside sa nouveauté, son infini et son péril"

René Char, La Bibliothèque est en feu (1956)


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