Pierre Macherey: AUX SOURCES « DE L’HISTOIRE DE LA FOLIE » : Une rectification et ses limites (1985)
[In : Critique, « MICHEL FOUCAULT : du monde entier », n° 471-472, août-septembre 1986, p. 753-774]. (Ce texte a été rédigé à l’occasion du colloque sur Foucault qui s’est tenu en avril 1985 à l’Université de Sao Paulo ; il a été publié en langue brésilienne dans le Recueil des actes de ce colloque : Recordar Foucault, réalisé par Renato Janine Ribeiro et édité par Editora Brasiliense en 1985). [source]
L’Histoire de la folie paraît en 1961 : c’est le premier ouvrage théorique important de Foucault, et le point de départ effectif de toutes ses investigations ultérieures. En 1962, les « Presses universitaires de France » rééditent sous un nouveau titre : Maladie mentale et psychologie, et dans une version considérablement remaniée, un petit ouvrage qui avait été publié par Foucault en 1954, dans la collection « Initiation philosophique » dirigée par jean Lacroix, Maladie mentale et personnalité. Si l’on veut faire l’archéologie de la pensée de Foucault, c’est à ce dernier livre qu’il faut remonter, pour connaître l’état initial de ses réflexions sur la maladie mentale et la folie. La comparaison entre les deux versions de ce texte, celle de 54 et celle de 62, est riche en enseignements : elle permet de mesurer le chemin que Foucault a dû parcourir avant de s’engager dans la démarche complètement originale qu’il allait suivre ensuite pendant une vingtaine d’années, jusqu’à L’histoire de la sexualité de 1984 ; surtout, à travers cette rectification théorique d’un texte primitif, opérée à la lumière des découvertes exposées par ailleurs dans l’Histoire de la folie, elle fait ressortir les caractères spécifiques de la nouvelle problématique à partir de laquelle ces découvertes ont été possibles ; enfin elle permet aussi de voir dans quelles limites reste maintenue, au début des années soixante, l’interprétation proposée par Foucault de ces pratiques et savoirs de l’homme qui vont, jusqu’à la fin de son oeuvre, constituer l’objet de son étude.

