Jan 15, 2011

Le terme « philosophie de la vie » est déjà ancien en Allemagne, bien qu'il ait eu d'abord une
signification assez imprécise. L'homme du XVIIIe siècle parle déjà de sa philosophie de la vie
et il entend par là, en général, les directives qu'il s'est fixées au sujet de son comportement
dans la vie. Quoiqu'une certaine opposition à l'égard de la « philosophie scolaire », étrangère à
la vie, puisse être déjà rencontrée, le nom de « philosophie » n'est toutefois entendu ici que
symboliquement, pour désigner des formes de réflexion plus libres portant sur la vie et sur le
monde.

Par contre le concept de philosophie de la vie put seulement se développer, pour atteindre une
signification précise, au moment où le concept de vie lui-même fut accepté fermement dans
l'histoire de l'esprit. Cela se produisit (si l'on considère cette évolution, typique pour l'Al-
lemagne, sous l'angle de la pensée allemande) surtout vers la fin du XVIIIe siècle, avec la
génération du Sturm und Drang, chez le jeune Herder, Goethe et le jeune Jacobi. En face de la
vie, de l'époque précé- [page 263 / page 264] dente, solidifiée en des formes fixes en face des
conventions sociales et de l'érudition d'un savoir étranger à la vie, en face des artifices d'une
vie superficielle, on aspirait à revenir à une authenticité et à une nouvelle im-médiateté de la
vie. La critique de la civilisation est devenue, depuis lors, le soubassement durable de toute
philosophie de la vie et c'est dans cette mesure qu'on peut faire figurer l'œuvre de Rousseau au
nombre des conditions préliminaires les plus importantes de la philosophie de la vie, bien que
le mot « vie » n'ait pas encore chez Rousseau une signification maîtresse. Rappelons
seulement, en passant, les phrases bien connues par lesquelles débute son Emile: « Tout est
bien, sortant des mains de l'Auteur des choses; tout dégénère entre les mains de l'homme... il
ne veut rien tel que l'a fait la nature, pas même l'homme; il le faut dresser pour lui comme un
cheval de manège; il le faut contourner à sa mode, comme un arbre de son jardin». Ainsi on
aspirait à échapper à l'existence artificielle de la civilisation, pour revenir à une nature pure et
originelle, et c'est celle-ci qui caractérise ensuite la nouvelle génération du Sturm und Drang
en Allemagne, génération dont le concept fondamental était la vie.

http://www.otto-friedrich-bollnow.de/doc/PhilosophiedelaVie.pdf

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