Nov 21, 2010

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À la santé du serpent est composé d’un ensemble d’aphorismes inséré dans Le poème pulvérisé, un recueil publié pour la première fois par la revue Fontaine en 1947. Ce tirage comprenait une gravure d’Henri Matisse pour les exemplaires de tête.

Tous ces aphorismes, René Char les reprendra dans Fureur et mystère qui voit le jour aux éditions Gallimard en 1948. [source]


À la santé du serpent

(english translation: Simon Taylor)

I

Je chante la chaleur à visage de nouveau-né, la chaleur désespérée.

I SING THE WARMTH IN THE FACE OF A NEWBORN,

THE DESPERATE WARMTH.

II

Au tour du pain de rompre l’homme, d’être la beauté du point du jour.

THE BREAD’S TURN TO BREAK MAN,

TO BE THE DAWN’S BEAUTY.

III

Celui qui se fie au tournesol ne méditera pas dans la maison. Toutes les pensées de l’amour deviendront ses pensées.

HE WHO BELIEVES THE SUNFLOWER WON’T BROOD IN THE HOUSE.

ALL THOUGHTS OF LOVE WILL BE HIS THOUGHTS.

IV

Dans la boucle de l’hirondelle un orage s’informe, un jardin se construit.

A STORM INQUIRES INTO THE SWALLOWS LOOP,

A GARDEN IS CONSTRUED.

V

Il y aura toujours une goutte d’eau pour durer plus que le soleil sans que l’ascendant du soleil soit ébranlé.

THERE WILL ALWAYS BE A WATER DROP TO OUTLAST THE SUN

THAT WILL NOT SHAKE THE SUN IN ITS ASCENDANCY.

VI

Produis ce que la connaissance veut garder secret, la connaissance au cent passages.

MAKE THAT WHICH FAMILIARITY WOULD KEEP SECRET,

FAMILIARITY WITH ITS HUNDRED HALLWAYS.

VII

Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.

THAT WHICH COMES TO THE WORLD TO DISTURB NOTHING

MERITS NEITHER CONSIDERATION NOR TOLERANCE.

VIII

Combien durera ce manque de l’homme mourant au centre de la création parce que la création l’a congédié?

HOW LONG WILL THIS LACK AT THE CENTRE OF CREATION LAST

OF THE DEATH OF MAN BECAUSE CREATION HAS REJECTED HIM?

IX

Chaque maison était une saison. La ville ainsi se répétait. Tous les habitants ensemble ne connaissaient que l’hiver, malgré leur chair réchauffée, malgré le jour qui ne s’en allait pas.

EVERY HOUSE WAS A SEASON. THE CITY WAS THUS REPEATED.

ALL OF ITS INHABITANTS TOGETHER KNEW ONLY WINTER,

IN SPITE OF THE WARMTH OF THEIR FLESH,

IN SPITE OF THE DAY THAT WOULDN’T LEAVE THEM.

X

Tu es dans ton essence constamment poète, constamment au zénith de ton amour, constamment avide de vérité et de justice. C’est sans doute un mal nécessaire que tu ne puisses l’être assidûment dans ta conscience.

YOU ARE A POET IN YOUR BEING CONTINUOUSLY, AT THE ZENITH OF YOUR LOVE CONTINUOUSLY,

HUNGRY FOR TRUTH AND JUSTICE CONTINUOUSLY. NO DOUBT IT IS A NECESSARY EVIL

THAT IN YOUR CONSCIENCE YOU CAN’T BE SO ASSIDUOUSLY.

XI

Tu feras de l’âme qui n’existe pas un homme meilleur qu’elle.

YOU’LL MAKE OF THE SOUL WHICH DOESN’T EXIST

A MAN BETTER THAN IT.

XII

Regarde l’image téméraire où se baigne ton pays, ce plaisir qui t’a longtemps fui.

LOOK AT THE RECKLESS IMAGE

IN WHICH YOUR COUNTRY IMMERSES ITSELF,

THIS PLEASURE THAT FOR A LONG TIME ESCAPED YOU.

XIII

Nombreux sont ceux qui attendent que l’écueil les soulève, que le but les franchisse, pour se définir.

THOSE WHO WAIT TO BE LIFTED UP BY WHAT BLOCKS THEM,

TO BE PASSED THROUGH BY THEIR END,

IN ORDER TO BE DEFINED,

ARE NUMEROUS.

XIV

Remercie celui qui ne prend pas souci de ton remords. Tu es son égal.

THANK HIM WHO PAYS YOUR REMORSE NO MIND.

YOU ARE HIS EQUAL.

XV

Les larmes méprisent leur confident.

TEARS SCORN THE SYMPATHISER.

XVI

Il reste une profondeur mesurable là où le sable subjugue la destinée.

THE DEPTH IS STILL MEASURABLE THERE

WHERE FATE FOUNDERS IN SAND.

XVII

Mon amour, peu importe que je sois né: tu deviens visible à la place où je disparais.

MY LOVE, WHO CARES THAT I WAS BORN:

YOU BECOME VISIBLE AT THE PLACE WHERE I DISAPPEAR.

XVIII

Pouvoir marcher, sans tromper l’oiseau, du coeur de l’arbre à l’extase du fruit.

THE POWER TO WALK,

WITHOUT FOOLING THE BIRD,

FROM THE HEART OF THE TREE

TO THE FRUIT’S ECSTASY.

XVIX

Ce qui t’accueille à travers le plaisir n’est que la gratitude mercenaire du souvenir. La présence que tu as choisie ne délivre pas d’adieu.

WHAT YOU GET FROM PLEASURE

IS ONLY THE MERCENARY CONSUMMATION

OF NOSTALGIA. THE TRACE

YOU’VE PICKED

GRANTS NO ADIEUS.

XX

Ne te courbe que pour aimer. Si tu meurs, tu aimes encore.

DON’T BOW YOUR HEAD

EXCEPT TO LOVE.

IF YOU DIE,

STILL YOU LOVE.

XXI

Les ténèbres que t’infuses sont régies par la luxure de ton ascendant solaire.

THE DARKNESSES INSTILLED IN YOU

ARE SUBJECT TO THE CUPIDITY

OF YOUR SOLAR ASCENDANT.

XXII

Néglige ceux aux yeux de qui l’homme passe pour n’être qu’une étape de la couleur sur le dos tourmenté de la terre. Qu’ils dévident leur longue remonstrance. L’encre du tisonnier et la rougeur du nuage ne font qu’un.

IGNORE THEM IN WHOSE EYES MAN PASSES FOR NO MORE THAN A TONE OF COLOUR

ON THE EARTH’S TORTURED BACK. LET THEM REEL OFF THEIR LENGTHY REMONSTRANCE.

THE POKER’S INK AND THE REDNESS OF CLOUD ARE JUST ONE.

XXIII

Il n’est pas digne du poète de mystifier l’agneau, d’investir sa laine.

IT’S UNWORTHY OF THE POET

TO MYSTIFY THE LAMB,

TO INVEST HIMSELF IN WOOL.

XXIV

Si nous habitons un éclair, il est le coeur de l’éternel.

OUR LIFE IS IN THE LIGHTNING,

TO BE IN THE HEART OF THE ETERNAL.

XXV

Yeux qui, croyant inventer le jour, avez éveillé le vent, que puis-je pour vous, je suis l’oubli.

EYES WHO, THINKING TO CREATE THE DAY,

YOU’VE WOKEN UP THE WIND,

WHAT COULD I FOR YOU,

I AM OBLIVION.

XXVI

La poèsie est de toutes les eaux claire celle qui s’attarde le moins aux reflets de ses ponts.
Poèsie, la vie future à l’intérieur de l’homme requalifié.

POETRY IS OF ALL CLEAR WATERS

THAT ONE WHICH SLOWS THE LEAST

TO REFLECT ITS BRIDGES.

POETRY, THE FUTURE LIFE

INSIDE OF THE MAN RETRAINED.

XXVII

Une rose pour qu’il pleuve. Au terme d’innombrables années, c’est ton souhait

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